De l’art d’être expert en n’importe quoi.

2279680476_d6c3506c35Dans la série “c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule”, section “expertise”, paragraphe “aveugle”, je vous présente deux cas d’école.

Bienvenue d’abord à Jean-Paul Rosenczveig, qui, sur son blog, s’insurge contre la mise en place, dans la petite ville de Mazamet (81), d’un couvre-feu pour les enfants (entendre mineurs de 14 ans). Je ne doute pas que M. Rosenczveig soit compétent d’un point de vue juridique, mais son analyse est particulièrement ridicule : fondée d’abord sur “l’utilité juridique” de l’arrêté en question — à propos duquel il est conclu, de manière on ne peut plus péremptoire, qu’il ne sert strictement à rien du point de vue du droit — et, d’autre part, sur son efficacité à réduire le “problème”, elle atteint des sommets de clairvoyance et d’à-propos.

Or, ce problème, quel est-il ? Manifestement, il n’est pas si simple que l’auteur souhaite le faire apparaître : il ne s’agit pas uniquement de lutter contre des “mini-gangs”. La portée de la décision du maire est à la fois la réduction de la petite délinquance et à la fois la protection des mineurs face aux risques éventuellement encourus par les gamins laissés en liberté au beau milieu de la nuit. M. Rosenczveig semble ne percevoir dans cette démarche que l’échec de l’administration publique à proposer des divertissements suffisants à cette jeunesse désœuvrée qui semble entassée dans des cages à lapins insalubres et dont le seul loisir consisterait à dégrader le mobilier urbain — auquel cas il me semble que l’auteur considère cette entorse à la loi comme logique, et ne voit sa responsabilité n’incomber qu’à l’incompétence des élus plutôt qu’à la stupidité d’un gosse de 12 ans. En d’autres termes, il n’apparaît au blogueur ni sensé ni justifié (1) de lutter contre la délinquance des mineurs, ni (2) de s’intéresser à leur protection. C’est sans doute le seul endroit du web où les commentaires sont plus pertinents que le contenu commenté, alors je vous conseille fortement d’y aller faire un tour.

Notre deuxième représentant de la réflexion post-babillage est l’inénarrable Dany Boon, qui, tout auréolé de la légitimité de celui-qui-a-redonné-son-honneur-à-une-région, a symboliquement appelé les électeurs de Hénin-Beaumont (62) à barrer la route à la candidature du Front national dans cette circonscription. Oh, bien évidemment, ce n’est pas ce point qui, à mon sens, pose question ; oui, bien sûr, il faut combattre les ennemis de la démocratie et des valeurs républicaines. D’ailleurs, à ce propos, voici la justification avancée par Dany-le-rouge (l’autre, celui qui ne sait pas jouer la comédie) :

Le Front National véhicule des idées à l’opposé de notre identité régionale. Le Nord Pas-de-Calais a toujours été une terre d’accueil, de tolérance, de respect de l’autre et de ses différences.

Identité régionale ? Valeurs ? J’ai l’impression que ce n’est pas en nimbant un tel discours de joyeusetés issues d’un gauchisme las et périmé qu’on va, ici, échapper au problème que pose le fait de s’attaquer à une organisation qui prétend défendre ce qu’on appellera pudiquement “une certaine idée de l’identité nationale” en utilisant précisément le même argument. Quant au “respect de l’autre et de ses différences”, il faut croire que l’éthique de M. Boon s’arrête au même endroit que le politiquement correct ; la mise au ban d’individus aux idées contraires à celles que l’on défend soi-même me paraît difficilement conciliable avec la liberté d’expression.

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